Sahara et oasis
Du chott el-Jérid aux dunes du Grand Erg Oriental, le Sud tunisien combine oasis irriguées depuis le XIIIe siècle, bivouacs chameliers et oasis de montagne berbères.
Le Sud tunisien commence vraiment à Tozeur, à 450 km au sud-ouest de Tunis, là où la route bascule dans un autre pays. Les briques ocre des façades du quartier d'Ouled el-Hadef, posées en motifs géométriques hérités du XIVe siècle, annoncent une architecture saharienne qui ne ressemble à rien du Nord. Autour de la ville, la palmeraie couvre près de 1000 hectares, irriguée depuis le XIIIe siècle par le système de répartition de l'eau conçu par Ibn Chabbat, mathématicien et juriste local. Notre équipe travaille avec des guides issus de ces familles d'oasiens qui cultivent encore en étages : dattiers, grenadiers, henné et cultures maraîchères au sol.
À une vingtaine de kilomètres, Nefta prolonge cette logique d'oasis avec sa Corbeille, dépression naturelle où jaillissaient les sources, aujourd'hui largement asséchées par les forages agricoles. Les deux villes produisent l'essentiel de la Deglet Nour tunisienne, datte translucide récoltée fin octobre et en novembre, qui représente la principale exportation agricole du pays vers l'Europe. Compter plus de 200 variétés cultivées localement, dont beaucoup ne quittent jamais la région : Kenta, Allig, Khouat Allig, chacune avec un usage précis selon la maturité.
Vers le sud, la route traverse le chott el-Jérid, immense étendue salée de près de 5000 km² qui sépare le Jérid du Nefzaoua. La traversée se fait sur une chaussée rectiligne construite dans les années 1980, environ 80 km de blanc cassé, parfois rosé selon les heures, avec des mirages d'eau qui ne sont pas une image. En hiver, après les rares pluies, une fine pellicule d'eau peut recouvrir la surface et reflète intégralement le ciel. Le passage prend environ une heure et marque géographiquement l'entrée dans le Nefzaoua.
De l'autre côté, Kebili et surtout Douz constituent les points de bascule vers le Grand Erg Oriental. Douz, ancien marché caravanier sur la route de Ghadamès, garde son souk du jeudi où se vendent encore moutons, dromadaires et tapis maghraouis tissés par les femmes des tribus M'razig. C'est depuis Douz que partent nos bivouacs chameliers, en général pour 2 à 5 jours, vers les dunes de Ofra ou plus loin vers Ksar Ghilane. Ce dernier site, à 60 km de piste, combine vestiges du limes romain (le fortin de Tisavar, IIe siècle) et source chaude naturelle à 38°C, qui sort dans un bassin entouré de palmiers.
Plus à l'ouest, en remontant vers les confins algériens, les oasis de montagne changent complètement de registre. Chebika, Tamerza et Mides sont accrochées aux reliefs du Djebel el-Negueb, à 500-600 m d'altitude. L'eau y descend par cascades, courtes mais permanentes, et les anciens villages berbères, abandonnés après les inondations de 1969, surplombent les nouveaux. Les gorges de Mides, profondes d'une centaine de mètres, marquent la frontière algérienne. Cette zone se visite en 4x4 sur une journée depuis Tozeur, avec retour par les décors de tournage de Star Wars à Ong el-Jemel, dune de chameau qui doit son nom à sa forme.
Côté humain, la région reste marquée par les anciennes tribus semi-nomades, M'razig, Adhara, Sabria, sédentarisées au XXe siècle mais qui conservent une mémoire pastorale active. La fête du Sahara de Douz, fin décembre, rassemble courses de méhara, combats de salouki et démonstrations de fauconnerie. Côté table, on mange le rouz jerbi local (riz aux herbes et poisson séché remonté du littoral), la chakhchoukha de pain rompu, et bien sûr le pain cuit dans le sable chaud lors des bivouacs.
À découvrir
Bivouac chamelier vers Ksar Ghilane. Trois à cinq jours de marche depuis Zaafrane, nuits sous tente berbère dans les cordons dunaires, arrivée à la source chaude et au fortin romain de Tisavar.
Traversée du chott el-Jérid. 80 km de chaussée rectiligne sur une croûte de sel pouvant atteindre 80 cm d'épaisseur, mirages permanents en milieu de journée, lumières roses en fin d'après-midi.
Oasis de montagne du Djebel el-Negueb. Chebika, Tamerza et Mides accrochées aux falaises, cascades pérennes et anciens villages berbères abandonnés en 1969 après des pluies torrentielles.
Palmeraies de Tozeur et Ibn Chabbat. Parcours guidé dans les jardins en étages, explication du système de répartition de l'eau au XIIIe siècle, dégustation des variétés Deglet Nour, Kenta et Allig en saison.
Souk du jeudi à Douz. Marché aux bestiaux où se croisent éleveurs M'razig venus du désert, négoce de tapis maghraouis et stands de henné, harissa et viande séchée.
Quand y aller
La fenêtre raisonnable s'étend d'octobre à avril. En plein hiver, de mi-décembre à mi-février, les matinées tournent autour de 6 à 9°C dans les oasis et peuvent descendre sous zéro dans le désert avant le lever du soleil. Les journées restent confortables, entre 17 et 22°C, ce qui rend la marche et le 4x4 très agréables. Mars et avril offrent le meilleur compromis, avec 12°C le matin et 25°C l'après-midi, et des nuits sous tente supportables sans équipement lourd. Octobre et novembre fonctionnent aussi très bien, avec l'avantage de coïncider avec la récolte des dattes.
De mi-mai à mi-septembre, nous déconseillons franchement le secteur. Les températures dépassent régulièrement 42°C à Tozeur et Douz, le sable des dunes devient impraticable, et les chameliers eux-mêmes suspendent la plupart des sorties longues. Le vent de sable, ghibli, peut souffler plusieurs jours d'affilée au printemps tardif et en début d'été, réduisant la visibilité à quelques dizaines de mètres. Les rares pluies tombent en novembre-décembre et en mars, brèves mais parfois violentes, suffisantes pour fermer temporairement les pistes des oasis de montagne.
Conseils pratiques
Compter au minimum 4 jours pour saisir la région : une journée pour les palmeraies de Tozeur et Nefta, une journée pour les oasis de montagne en 4x4, une journée pour la traversée du chott et l'arrivée à Douz, et au moins une nuit en bivouac dans les dunes. Pour un vrai temps saharien avec marche chamelière jusqu'à Ksar Ghilane, prévoir 6 à 7 jours sur la zone. L'aéroport de Tozeur-Nefta reçoit des vols intérieurs depuis Tunis (1h10), ce qui évite les 6 heures de route. Sinon, l'accès par la route depuis Tunis se fait en deux jours avec une étape à Kairouan ou Sbeitla.
La combinaison la plus cohérente associe le Sahara à Djerba et Sud-Est (kairouan-centre en transition possible), avec une boucle qui descend par Tozeur, traverse vers Douz, rejoint Matmata et ses habitations troglodytes, puis termine à Djerba pour quelques jours de mer. Pour les voyageurs qui partent de Tunis et Carthage, ajouter Kairouan et centre permet d'enchaîner sans rupture culturelle brutale. Le confort va du campement berbère sobre (tentes communes, sanitaires partagés) aux écolodges de palmeraie type Dar Hi à Nefta ou Anantara Sahara à Tozeur. La région convient bien aux contemplatifs, aux marcheurs et aux familles avec enfants à partir de 8 ans, à condition d'éviter les dromadaires sur de longues étapes avec les plus jeunes.



