Djerba et Sud-Est

Une île ventilée par le golfe de Gabès, des villages-greniers berbères perchés sur le Dahar, et les maisons troglodytes de Matmata : le Sud-Est tunisien condense trois mondes en 200 kilomètres.

Le Sud-Est tunisien commence à Gabès, dernière oasis côtière du pays, et s'étend jusqu'à la frontière libyenne. Notre équipe le considère comme la région la plus contrastée du territoire : une île plate posée dans le golfe de Gabès, Djerba, et juste en face, sur le continent, les plateaux du Dahar qui culminent à 700 mètres, taillés en falaises et en oueds secs. En une journée de route, on passe des oliveraies millénaires de l'île aux maisons creusées dans la terre ocre de Matmata, puis aux greniers fortifiés berbères perchés sur les crêtes.

Djerba, reliée au continent par la chaussée romaine d'El Kantara longue de sept kilomètres, garde une identité particulière. L'île abrite encore une communauté juive autour de la synagogue de la Ghriba à Erriadh, lieu de pèlerinage chaque printemps depuis des siècles, et des villages berbérophones comme Guellala, connu pour ses poteries cuites au four à bois. Houmt Souk, le chef-lieu, occupe d'anciens fondouks, ces caravansérails où logeaient autrefois les marchands ; plusieurs ont été reconvertis en hôtels de caractère. Le marché aux poissons aux enchères à la criée se tient chaque matin sauf vendredi. Côté table, la cuisine djerbienne tourne autour du mérou, du poulpe séché, et du couscous au poisson épicé à la harissa locale.

Sur le continent, Matmata est devenue célèbre après les tournages de Star Wars dans les années 1970, mais les maisons troglodytes y servent toujours d'habitation : un puits central à ciel ouvert, autour duquel s'organisent les pièces creusées dans la roche tendre. Plus au sud, la région de Tataouine concentre les ksour, ces villages-greniers berbères. Chenini, Douiret et Guermessa s'accrochent à des éperons rocheux, leurs ghorfas (cellules de stockage voûtées) empilées sur plusieurs niveaux. Ksar Ouled Soltane, mieux conservé, montre une cour entourée de quatre étages de ghorfas en terre crue. Ces structures servaient à stocker l'orge et l'huile d'olive des tribus semi-nomades qui transhumaient entre le Dahar et la plaine de la Jeffara.

Le climat impose son rythme. L'île, ventilée par les brises marines, reste vivable l'été, mais l'intérieur du Dahar grimpe vite : 40°C en juillet à Tataouine, parfois davantage avec le chehili, ce vent chaud venu du Sahara. À l'inverse, février offre 18°C en journée sur la côte et des nuits fraîches dans les ksour, autour de 6°C. Le printemps, de mars à mai, et l'automne, d'octobre à mi-novembre, sont nos fenêtres de prédilection pour combiner Djerba et le Dahar.

L'économie locale repose sur la pêche aux poulpes avec les jarres traditionnelles (gargoulettes en argile posées sur le fond marin), l'oléiculture, le tourisme balnéaire concentré sur la zone hôtelière de Sidi Mahrez et Aghir au nord-est de l'île, et un artisanat tenace : tissage de couvertures de laine à Toujane, poterie à Guellala, vannerie à Midoun. Dans les ksour, quelques maisons d'hôtes installées dans des ghorfas restaurées permettent de dormir sur place, ce qui change tout : on voit le soleil se coucher sur les plateaux et se lever sur la plaine, sans le défilé des cars de la journée.

À découvrir

Synagogue de la Ghriba à Erriadh. Sanctuaire juif aux murs intérieurs bleu cobalt, fondé selon la tradition après la destruction du premier Temple. Pèlerinage annuel à Lag Ba'omer, en avril ou mai.

Ksar Ouled Soltane et villages perchés. Quatre étages de ghorfas voûtées en terre crue autour d'une cour. À 20 km, Chenini accroche sa mosquée blanche à une crête rocheuse, atteinte à pied depuis le village bas.

Maisons troglodytes de Matmata. Habitations creusées en cratère dans la roche tendre, encore occupées. Une nuit chez l'habitant dans une de ces cours permet de comprendre la régulation thermique : 22°C à l'intérieur quand il fait 38°C dehors.

Houmt Souk et ses fondouks. Anciens caravansérails à patio reconvertis en cafés et petits hôtels. Marché aux poissons à la criée chaque matin, halle aux épices, et orfèvres juifs encore actifs dans la rue Moncef Bey.

Toujane et la route du Dahar. Village de tisserands accroché à un balcon rocheux, à mi-chemin entre Matmata et Médenine. Atelier de couvertures en laine de chameau et points de vue sur les oueds secs de la Jeffara.

Quand y aller

Nos deux meilleures fenêtres restent le printemps (mi-mars à mi-mai) et l'automne (octobre à mi-novembre). Comptez 22 à 27°C en journée, des nuits encore fraîches dans le Dahar (10 à 14°C en avril), et une lumière nette pour la photo dans les ksour. L'hiver, de décembre à février, reste praticable sur l'île avec 17 à 19°C en journée, mais les soirées sont franchement froides à Tataouine et Chenini, autour de 6°C, et certaines maisons d'hôtes troglodytes sont peu chauffées.

L'été est à manier avec précaution. Sur Djerba, la brise marine maintient des températures supportables (32 à 34°C en juillet-août), et c'est la haute saison balnéaire. À l'intérieur, en revanche, Matmata et Tataouine dépassent régulièrement 40°C, jusqu'à 45°C lors des épisodes de chehili. Les visites de ksour entre 11h et 16h deviennent éprouvantes. Si vous voyagez en juillet ou août, nous concentrons les étapes continentales sur l'aube et la fin d'après-midi. Les pluies sont rares, moins de 200 mm par an, principalement en novembre et janvier.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de 5 jours pour la région : 2 jours sur Djerba (Houmt Souk, Erriadh, Guellala, plus une demi-journée plage), puis 3 jours continentaux pour Matmata, Toujane, et la boucle des ksour autour de Tataouine avec une nuit dans une ghorfa restaurée. L'aéroport de Djerba-Zarzis reçoit des vols directs depuis Paris, Lyon et plusieurs villes européennes, ce qui en fait le point d'entrée le plus logique. Depuis Tunis, comptez 6h30 de route ou un vol intérieur d'une heure.

La combinaison la plus cohérente est Djerba et Sud-Est enchaîné avec le Sahara et oasis (sahara-oasis) : depuis Tataouine, on rejoint Douz et le chott el-Jérid en une journée de route, ce qui prolonge logiquement le voyage vers les dunes. Pour un circuit plus long, ajouter Kairouan et centre (kairouan-centre) en remontant vers Tunis fait sens. Le confort est variable : hôtels de standard international sur la zone balnéaire de Djerba, maisons d'hôtes de caractère dans les fondouks de Houmt Souk, et hébergements plus rustiques mais authentiques dans les ksour. La région convient aux contemplatifs, aux amateurs d'architecture vernaculaire, et aux familles avec enfants à partir de 7-8 ans, capables de marcher une heure sur les sentiers des villages perchés.

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